Carnet de campagne

L’abeille et la fourmi

 

Ce matin, rien n’y faisait. Thé « 3 roses » indien bien bouilli, douche…rien. J’ai toujours la tête dans le brouillard. Impossible de réfléchir clairement. Et pourtant, j’ai l’impression que je ne fais que ça : réfléchir !

L’Inde me manque. Mais quoi, plus particulièrement ?… Et puis, ça vient : le lien au vivant.

Me revient une phrase de Jean-Gabriel, ou était-ce Marie-Françoise ?… «si tu ne demeures que dans le monde des humains, tu ne pourras pas te ressourcer». C’est, bon sang, bien sûr ! J’ai cette chance, cette immense chance de faire partie des « gens des champs ». Pourquoi est-ce que je vis enfermée comme les « gens des villes » ? Aussitôt pensé, aussitôt fait : je lâche « mon » écran d’ordinateur et je sors dans le jardin. L’oiseau siffleur chante des merveilles à réchauffer le cœur de dix Mélenchon du 23-4.

Et la vie me happe. Un scarabée sur le dos pédale désespérément avec ses pattes. Je décide de faire un mouvement vers lui, différent, ce jour-là, de ce que j’aurais fait d’habitude. Au lieu de trouver une branchette à laquelle il aurait pu s’agripper, je place mon doigt entre ses pattes, non sans une certaine appréhension. Pas que j’ai peur, mais la perspective de sentir le contact de ces pattes d’insecte directement sur ma peau… je ne sais pas comment dire… me générait une légère révulsion. A peine a-t-il encerclé mon doigt, que mon cœur fond, car je ressens à quel point il se sent sauvé et s’agrippe à moi. J’ai du mal à le convaincre ensuite qu’il serait mieux dans les plants de menthe.

Je m’assoie, contente de moi lorsque j’avise une abeille en train de se noyer sous mes yeux. Vite ! Une tige de bambou et hop, je la pose sur la terre ferme. Elle bouge encore, mais paraît mal en point. Je reste un moment à la contempler, la changer de place pour qu’elle se réchauffe au soleil. Et brusquement, que vois-je ? Une fourmi, sentant une proie en prise avec la mort qui la pique vivement. Saloperie ! Je la vire d’un coup de brindille et vois déjà trois copines fourmis qui attaquent à leurs tour la pauvre abeille groggy, qui trésaille sous la douleur et tente de fuir. Je gicle les autres fourmis et déplace l’abeille. Et là encore, le flair des « charognardes » les attirent vers la pauvre rescapée.

Je finis par lui trouver une position au soleil et en hauteur et retourne m’assoir. J’aime les abeilles depuis qu’Alain, qui sait  leur parler, m’a appris à les caresser. Bon, moi, je le fais juste un peu du bout d’un doigt, pas comme lui. Mais quand même …et les fourmis ? Pourquoi est-ce que je ne ressens rien pour les fourmis ? J’ai escampé sans hésitation plusieurs fourmis dont certaines sont peut-être en train d’agoniser ou qui souffrent le martyr avec trois pattes cassées …au fait quelqu’un sait combien de pattes a une fourmi ?

Cela m’amène, en bonne juriste, à me dire qu’il vaut peut-être mieux que je casse trois pattes à une fourmi française car je ne suis pas, dans ce cas, en contradiction avec la Constitution. En tout cas dans la 5ème République.

Toutefois, si nous arrivons ce mois-ci à porter la France insoumise au pouvoir, il va falloir sérieusement réfléchir à la question pour notre assemblée constituante de la 6ème République. Parce que, si j’étais en Inde, et que la fourmi était indienne, je serais en violation de la Constitution :

Article 51-A(g) of our Constitution which reads as follows:

“It shall be the duty of every citizen of India to protect and improve the natural environment including forests, lakes, rivers and wildlife and to have compassion for living creatures.”

J’ai un devoir constitutionnel de compassion à l’égard de toute créature vivante. Cela étant, il est bien dit « Toute créature vivante », POINT. Et non « toute créature vivante indienne ». Donc, étant citoyenne indienne, même sur le territoire français, j’ai un devoir de compassion vis-à-vis de la fourmi française, puisque le devoir est intrinsèquement lié à ma personne. Ce qui m’amène à une deuxième question : pourquoi attribuer une nationalité aux fourmis ? Et selon quel critère ? Le droit du sol ? Cette histoire de la nationalité est finalement une plaie humaine, dont – au moins – les animaux sont exempts !

Vous comprenez pourquoi des fois je me fatigue moi-même …

Il n’en reste pas moins, que je n’ai pas rempli mon devoir de compassion, bien au contraire. Pourquoi ? Parce que la fourmi m’est étrangère en quelque sorte. Trop petite sans doutes pour que je puisse percevoir sa sensibilité. Ce qui fait que je peux la tuer sans hésiter et même sans y penser ?

Est-ce cela que ressent – ou plus justement que ne ressent pas – le prototype du barbare à mes yeux, celui qui joue à distance avec ses drones dans sa tour des Etats unis d’Amérique et qui tue des fourmis humaines (et sans doute aussi des vraies fourmis dans la foulée) loin, très loin, en buvant sa tasse de thé. Il (car ce ne peut être dans ma représentation mentale qu’un homme) ne boit d’ailleurs sans doute pas du thé.

Est-ce une question de proportion, de taille ? On comprend mieux la sensibilité d’un rossignol que celle d’une abeille ? Celle d’un chien que celle d’un rossignol ? …ou est-ce une question d’écoute, de présence à l’autre ? Je dirais, les deux.

Il faut être un Jaïn pour penser si résolument aux fourmis pour marcher en balayant en permanence devant soi pour éviter d’écraser un être vivant par inadvertance. Il faut aussi vivre dans un pays qui le permet…Je m’imagine mal avec un balai dans le métro et encore moins au Palais de justice avec ma robe sous un bras et un balai sous l’autre !

Plus nous affinons notre perception de ce qui nous relie au monde, au-delà de l’interdépendance qui a un aspect éventuellement utilitaire, par une perception affinée de la résonnance du vivant, moins nous pouvons détruire sans sentir la morsure de la barbarie que cela révèle en nous.

C’est la perte de contact avec le « natural environment » dont la Constitution indienne confie la protection et l’amélioration à ses citoyens, à titre de devoir, qui fait perdre le sens de la compassion à l’égard du vivant et même le sens du vivant.

Cette connexion avec l’environnement génère sans doute le décalage énorme entre la campagne électorale telle que nous la vivons, ici, à la campagne, et celle qui nous est renvoyée par les écrans qui nous déroulent des discours complètement névrotiques et insensés.

A Saint Mathieu de Tréviers, nous étions réunis, une bonne cinquantaine de personnes, un dimanche de Pentecôte, avec un préavis de seulement quelques jours, pour échanger sur la question de l’agroécologie, du bio et des circuits courts, avec notre candidat insoumis de la circonscription. Pas de costume cravates, de discours rasoirs ni de d’experts qui viennent nous asséner leur omniscience. Ambiance joyeuse, comme toujours avec les insoumis, festive et pourtant très sérieuse. Apéro, pique nique partagé, puis musique enjouée avec Carbone 0. Il fait beau… on danse. Que du bonheur !

Suivent des échanges passionnants : comment faire quand on est berger transhumant et que le sens de la propriété privée dresse des « barbelés sur la prairie » ? Ou que le loup sévit ? Qui du point de vue du Loup ? Puis nous découvrons avec grand intérêt comment Benoît cultive son blé, fait sa farine, puis son pain…délicieux au passage… mais qu’il faut ensuite le vendre. Les circuits, les AMAPs, et aussi tout le travail, tous ces emplois qui pourraient être développés pour la distribution locale.

Nous comprenons mieux, en entendant ceux qui travaillent la terre, l’urgence de replacer toutes ces questions dans l’enjeu plus global de la pression démographique et des règles d’urbanisme. Nous apprenons que l’Hérault est le département où la perte des terres arables est la plus importante, les terres agricoles étant convoitées par les promoteurs car tellement plus simples à viabiliser. Et quand Renaud, l’apiculteur, nous parle de ruches entières qui sont mortes à cause des frelons asiatiques et des effets du dérèglement climatique, nous voilà encore plus motivés pour voter pour un nouveau gouvernement qui comprenne enfin l’enjeu de l’écosystème.

Et ce qui m’a frappée finalement le plus dans tout cela, c’est que les hommes qui ont témoigné de leur passion pour un travail qui leur prend tout leur temps et qui est destiné à nous nourrir plus sainement… ne peuvent survivre financièrement que parce leurs compagnes travaillent… dans le « système ». C’est bien qu’il faut le repenser de fond en comble ce ‘système’, vous ne croyez pas ?

Ces discussions se sont clôturées par un joyeux moment musical avec Carlos Correia. Et nous voilà repartis chacun avec notre matériel, car cela se fait sans un sous chez les insoumis.

Rentrée chez moi, j’allume l’ordinateur et j’entends des commentaires politiques totalement incompréhensibles. Tout ce petit monde à Paris ne semble intéressé que par des phrases qui tournent en boucle, complètement en dehors de la réalité, dans un monde déconnecté. Ce qui paraît important à leurs yeux, c’est la sphère psychologique, les humeurs, et le caractère de l’un ou de l’autre.

D’ailleurs, en termes de caractère, c’est surtout celui de Mélenchon qui est ausculté d’une manière étonnante. Parce que c’est le seul qui a du caractère ? Ou parce que réduire ce qu’il exprime à des réactions d’humeurs permet d’occulter la vision portée par cet homme, à la fois viscéralement humain et sensible à toute forme de vivant tout en étant capable de penser le monde des hommes autrement, hors des schémas normatifs du prêt à penser ?

Mais, franchement, vu d’ici, de la campagne, on s’en fiche de ce dit ou pense Cazeneuve ou je ne sais qui d’autre. D’ailleurs, à peine si on sait qui c’est exactement. Ce n’est pas cela qui compte. L’enjeu, c’est qu’il faut tout repenser : le rapport à la terre, au travail… oui au travail. Et ce n’est pas le code du travail qui pose problème. Il faut repenser le travail lui-même. D’ici 15 à 20 ans, la moitié des emplois seront occupés par des robots. Quid ? Quid alors de la distribution de la richesse ? L’économie sociale, solidaire et coopérative, il faut s’y intéresser de manière centrale et non comme une fantaisie hors du système.

Quid aussi lorsque la loi est contraire au bonheur national brut du citoyen ? Exemple du bio : des agriculteurs et maraîchers de saint Martins de Londres étaient d’accord sur un point: le plus dur, ce sont les règlementations. La paperasse. Vous voulez être un maraîcher bio ?  Il faut en faire de la paperasse. Et payer cher des organismes privés pour être « certifiés ».

Il existe heureusement sur terre un camp retranché, non pas gaulois, mais bhoutanais, un pays où le gouvernement a commencé par dire : ce n’est pas logique ! Il faut étiqueter les produits non bios en écrivant : « pesticides/poison ». Avant de passer à l’étape suivante de remise des idées à l’endroit : si un produit contient du poison, il doit tout simplement être interdit. Le bio doit être la norme et non l’exception. Le pays va passer en 100 % bio prochainement. Et pas la peine de se faire certifier par des organismes privés. C’est le service public qui va vérifier que la loi est respectée.

A quand la cervelle à l’endroit en France ?

Alors, les gens des villes, écoutez-moi. On s’en fiche des humeurs des uns ou des autres et si le père Méluche s’attrape avec l’un ou l’autre, croyez-vous que ce soit cela le centre de gravité de la France ?

Tenez, faites le test pour voir si vous n’êtes insoumis sans le savoir : https://suisjeinsoumis.fr/

Et vous verrez que cela fait du bien d’avoir de droit de vouloir politiquement ce que l’on veut tous humainement.

Et que vienne la 6ème République !  Si l’occasion m’en est donnée, je proposerai un devoir constitutionnel de compassion envers tous les êtres vivants…

 

Prades le Lez, le 07 mai 2017,

 

Yamouna David

L’avenir en commun plutôt que l’argent Roi

Il y a 5 ans, je faisais cette conférence TEDx sur la monnaie et les inégalités de répartition de richesse que notre système capitaliste engendre. C’était ma première conférence. C’était à la défense. Au coeur du système capitaliste et financier.

5 ans plus tard rien n’a changé, la situation a empiré et la partie de Monopoly continue.

Trump et son gouvernement de millionnaires tentent de faire la loi aux USA sans tenir compte du changement climatique. Emmanuel Macron et son gouvernement de CSP+ nous promet de tous devenir milliardaires.

La richesse n’est-elle pas ailleurs que dans l’accumulation et la destruction de la planète?

On sait qu’au-delà de 67 000€ par an, le bonheur et les revenus ne sont plus liés, alors pourquoi courent-ils tous après l’argent, détruisant au passage la planète?

On sait que les réserves mondiales de pétroles sont valorisées sur les marchés, mais que si on les tire toutes des sous-sol, on a de quoi faire réchauffer gravement la planète et que la couche d’ozone ne pourra pas supporter.

Quelle est la valeur d’une ressource qui, si on l’extrait du sol, nous condamne à mourir de chaud?

Où est la logique dans ce système qui coure toujours après la croissance pour rembourser la dette, sans se rendre compte que c’est à la planète que nous devons toutes ces richesses?

Nous devons revenir à une économie cyclique, en lien avec la nature, une économie raisonnable.
Nous devons retrouver notre place dans l’écosystème plutôt que de le dominer et de croire que nous le maîtrisons alors que nous le méprisons.

C’est la raison qui m’a poussé à me présenter.
Pour proposer, avec d’autres, une autre possibilité, une autre voie.

C’est l’Avenir en Commun.

Programme des réjouissances

Nous serons de Mercredi soir en déplacement sur toute la circonscription à votre rencontre grâce à de nombreux événements créés par les insoumis de nos territoires.

Nous commencerons mercredi soir à 18h30 à Saint Martin de Londres aux Aromatiques du Pic
Nous enchaînerons Jeudi soir à Gignac à la salle de l’Ancien Couvent  avec la projection du documentaire Fralib, sur l’histoire de cette entreprise qui a résisté et s’est transformée en SCOP, reprise par ses salariés. Plus d’infos ici.

Et puis à partir de vendredi, c’est notre caravane insoumise qui va faire le tour de la circonscription avec des événements pédagogiques, instructifs et conviviaux.
Venez nous rencontrer, passer un moment avec nous, pour découvrir le programme l’Avenir en Commun, ses éléments, et les candidats de la 4ème circonscription qui nous représente aux élections législatives des 11 & 18 juin.

Rally visuel vertical

Au banquet de la vie, par Yamouna

Texte écrit par Yamouna David le 15 mai 2017 :

De retour en France, nous avons fait un plongeon inattendu dans la vie politique que nous regardions, jusques là, de loin. N’arrivaient alors à nous que de tristes pantomimes, bien pâles au regard du théâtre indien.

Cinq semaines en France et je reprends la plume. 5 semaines qui vont, je le crois, me changer durablement.

Le peuple de France est à un tournant. Il le sait. Il le sent. Le système continue, quant à lui, dans sa bulle autistique.

Mais ce qui m’a éclaté à l’âme, c’est ma propre bulle « hygiénico-autistique ».

Une bulle que j’ai appris très tôt à générer autour de moi, comme Harry Potter qui a appris à générer en lui un Patronus quand apparaît un Détraqueur. Les Détraqueurs dans le monde de « pour de vrai », c’est ce qui est tellement insupportable que l’on se vide de toute son énergie, en danger de mort interne si on accueille cette réalité. Lorsque l’on grandit en Inde, l’on apprend très tôt, cette leçon de survie : si les sens (voir le 6ème sens) détectent un danger pour l’équilibre psychique, eh bien, on ne le « voit pas ». Voilà.

Je reconnais que ce n’est pas très courageux et qu’il vaut mieux apprendre à générer un Patronus pour confondre le Détraqueur, mais chacun fait comme il peut.

Vous voulez un exemple, une histoire vécue? Il y a de cela une dizaine d’années, nous avons atterri, Alain et moi à New Delhi. Le lendemain, tous fringants (mais pas très frais), nous voilà à visiter le grand Fort rouge.

Ensuite, nous nous sommes retrouvés dans un temple Sikh incroyable où, au centre d’un espace délimité dans une pièce ouverte, plusieurs personnes assises par terre, au milieu de tas d’argent provenant des dons, triaient des billets et des pièces pour en faire des plus petits tas, puis des sacs. Un flot incroyable et continu d’argent. Je m’attendais à tout moment de voir apparaître un Picsou avec un grand turban, sabre au clair, qui fasse des glissades.

Puis, nous avons traversé Chandni Chowk et atterri dans la Grande mosquée par le côté. A la fin, nous retrouvant à la sortie principale, en hauteur, nous avisons que pour retrouver le taxi au pied de la muraille, il serait plus court d’aller tout droit par la grande allée qui mène à la mosquée. Environ 500 mètres. Nous l’empruntons tranquillement.

Alerte ! Danger ! Slack !!!!!! Vite ! Bulle « hygiénico-autistique » ! Fermeture de toutes les écoutilles ! 500 mètres d’une allée piétonne bordée de lépreux. Hommes, femmes, enfants, vieillards, chacun rongé et difforme, tendant ce qui lui reste, en gémissant des appels.

J’avance en mode pilotage automatique. Respiration minimum. Regard fixe et vague. Bourdonnement dans les oreilles. Un pied devant l’autre. Puis un doute m’assaille : je ne sens plus la présence d’Alain.

Je me retourne. Il était planté. Immobile. 50 mètres en arrière. Vite, je le rejoins. Il était en état de choc. J’ai cru qu’il allait tomber. Réaction, comme lorsqu’on balance de l’eau sur la figure de quelqu’un évanoui (enfin, on fait ça en Inde, ici je ne sais pas) : je cingle d’une voix coupante « qu’est ce que tu fais !? » Alain sursaute et me crie presque,

  • «mais tu ne vois pas ?!?!?! 
  • Ne regarde pas ! Avance !
  • Mais tu n’as pas de cœur ?!?!?!
  • Avance, je te dis !!!!!»

Je ne crois pas lui avoir parlé sur ce ton, ni avant ni après dans notre vie. Il fallait que je le secoue, que je le sorte de cet état et que l’on traverse 500 mètres jusqu’à la voiture, sans regarder ni à droite, ni à gauche, sans entendre les appels.

Ecroulé dans la voiture, Alain murmure « les regards…j’ai croisé leurs regards… » Je ne savais pas quoi répondre. Je me suis tue.

Si j’avais su produire un Patronus, ma vie aurait basculé et je vous raconterais d’autres histoires, vu d’un dispensaire pour lépreux… à moins que j’aie fini dans l’hôpital pour oiseaux en face du temple sikh. Oui, il y avait là un hôpital dédié aux oiseaux. C’est tout cela aussi, l’Inde.

Eh bien, depuis longtemps en France, de manière sournoise, j’ai l’impression de ne pouvoir survivre que dans une bulle. Les informations qui viennent à nous sont toujours accablantes, pas seulement parce les media nous servent tous les malheurs du monde, mais parce que ce sont des informations sur lesquelles nous n’avons aucune prégnance.

150 morts en Irak ? Un bus d’enfants dans un ravin ? Un missile en Corée ? 2.000 migrants noyés dans la Méditerranée en 2016 ? … Qu’est ce que je peux faire ? Rien. Donc je reçois une double violence : l’horreur du fait et un miroir qui me dit et me répète « ON N’Y PEUT RIEN ». Je suis destituée de mon rôle de sujet social, voire même d’animal social. Donc chacun se rétracte peu à peu dans sa bulle au fil des ans, intègre que « C’EST COMME CA »… et a le choix, soit de devenir spectateur d’une téléréalité où l’on croit avoir un rôle en distribuant des pouces bleus ou rouges comme si tout cela était un jeu, soit de se tirer ailleurs à l’intérieur de soi ou à l’extérieur de la France.

Lorsque je suis en Inde : pas de télé. Pas de journaux. Pas de radio. Des infos continuelles, sur lesquelles je peux toujours agir. Sauver une bête, emmener un enfant à l’hôpital, ou au moins m’assoir à côté de quelqu’un en deuil et lui apporter le réconfort de ma présence.

Comme nombre d’entre vous, depuis plusieurs années, je savais que nous ne pouvions pas continuer comme cela, à détruire notre planète, le vivant, condamner de plus en plus de gens à la misère et la mort…mais… que faire ? Comment ? Avec qui ?

Ces 5 semaines électorales, j’ai eu l’impression de devenir capable de traverser l’allée de lépreux de la politique française et à savoir produire un Patronus ! C’est fantastique. Enfin ! Un grand bol d’air ! Je vous promets : c’est une libération.

J’ai voulu du coup partager cela avec mes proches. Certains avaient compris bien avant moi. Avec d’autres, je me suis heurtée à leur propre bulle. Et c’est l’incompréhension. Ceux qui parlent du « plafond de verre » parlent d’une certaine réalité psychologique sociale, mais ce n’est pas qu’un plafond, c’est une cage. Qu’elle fait mal quand on s’y cogne !

Je me suis alors demandé pourquoi je n’étais pas audible avec certaines personnes. Je parle en français pourtant, pas en tamoul.

Par exemple, lorsque je cherche à faire écouter le glas de l’horloge de la dette française. Cette dette monstrueuse que l’on sait que l’on ne paiera jamais. Même Attali a fini par le reconnaitre.

Vous ne trouvez pas cela fou ? Puisqu’on ne la paiera jamais … cela ne s’appellerait pas du travail forcé à perpétuité ? A quel état de régression de civilisation sommes nous réduits ?

Tic tac, une seconde. 2675 €. Tic tac, une autre seconde : + 2675 €. C’est l’augmentation de la dette française. Cela fait 30 minutes que j’écris. Notre dette a augmenté de 4.797.000 €. Vertige ? Autant que de croiser le regard des lépreux ? Alors, chuuut… Ne pas écouter ceux qui se proposent de renégocier l’Europe ?

Je voudrais aussi faire sentir à mes amis que ces hommes et femmes du vieux monde qui s’agitent, se composent et se recomposent dans un ballet indécent, sont comme des mort-vivants. Pour certains, respectables individuellement, mais Mort-vivants collectivement parce qu’ils sont sur de vieux schémas. Ce qui bouge vraiment ce sont des citoyens qui se lèvent et se prennent en main, vont à la rencontre les uns des autres et inventent chacun une campagne électorale, avec humour, enthousiasme et une inventivité incroyable.

Mort-vivant parce qu’ils nous proposent des solutions de gestionnaires à la petite semaine (je croyais que l’expression française c’était « petite semelle » – Alain a corrigé. Je préfère la semelle).

Ils ne sont pas porteurs d’une vision d’avenir, d’une vision nourrie par les questions du sens.

Comment faire pour parler alors, si personne ne veut entendre ? Comment être audible ?

Ce soir, dans une fulgurance, je viens de comprendre : je suis devenue à mon tour un Détraqueur à leurs yeux. Car je parle de choses anxiogènes. Zut alors ! Je ne me voyais pas comme ça. Quelqu’un aurait une baguette magique ?

Il faut donc que la bulle de chacun soit respectée et qu’elle éclate d’elle-même comme une bulle de savon, chacun à son heure, selon l’alchimie propre de sa vie.

Le soir du premier tour, Jean Luc Mélenchon m’a fait penser à Alain qui avait croisé les regards des lépreux. Et j’ai entendu des commentateurs qui disaient et reprenaient en boucle « il est mauvais perdant ».

Sérieux !?! Ce n’était qu’un jeu ? Ce n’était pas « pour de vrai » ? Ces glissements de sémantique en disent long sur la névrose entretenue par les media en France.

C’était un jeu de vouloir poser maintenant les actes nécessaires pour sortir du nucléaire et mettre en place les énergies renouvelables ? Fukushima et l’effondrement actuel d’un tunnel d’enfouissement de déchets radioactifs aux USA, c’est « pour de faux » ?

C’était un jeu de dire qu’il fallait que les « invisibles » en France doivent redevenir « visibles » et pouvoir vivre dignement en tant qu’humains sur cette terre ?

Car il y a un peuple « invisible » en France. Ce sont « nos » lépreux. Sauf qu’en Inde, les lépreux sont visibles ! Tout est visible : le beau, le laid, l’amour, la mort. Tout est vie.

Je les croisais dans mon cabinet, ces pauvres gens, ces clandestins. Satya les connait, ces invisibles de la France, quand il fait la maraude et qu’il va les trouver dans leur voiture, cachés dans des chemins ou au bord des rivières, pour leur porter de la nourriture ou des habits en partage et surtout… un furtif contact humain.

Emmanuel Macron, pâle illusionniste du changement pour qui veut bien faire semblant d’y croire, affirme sans rire : « on ne renverse pas la table à laquelle on est assis ». Il ne faut pas avoir honte. Mais pour avoir honte, il faudrait avoir conscience qu’un autre monde existe, sous la table, ou avec des tables vides …et lui accorder autant de valeur qu’au sien.

Personnellement, cela ne me dérange pas qu’on renverse la table, vu que je viens du tiers monde où l’on sait manger par terre.

Mais c’est oublier, tous ceux, dans son propre pays, sans parler du reste du monde qui pourraient reprendre les vers de ce poète qui n’a vécu que 30 ans, il y a trois siècles, Nicolas Gilbert :

Au banquet de la vie, infortuné convive,

J’apparus un jour, et je meurs.

Je meurs ; et, sur ma tombe où lentement j’arrive,

Nul ne viendra verser des pleurs.

Alors, d’abord, une précision : les insoumis ne veulent pas renverser la table. Parce qu’ici, les gens ne savent pas manger par terre. En plus, il fait froid. Et il n’y a pas de feuilles de bananier.

Faisons juste dégager les prédateurs qui squattent, qu’ils fassent la queue comme tout le monde. Mettons des rallonges. Que tout le monde ait une place. Que l’on mange des aliments bio, produits localement par des gens qui puissent vivre dignement de leur travail et sans qu’il y ait plus d’emballage dans les poubelles que de nourriture dans les assiettes.

Les « mauvais perdants » du premier tour, en vrai, c’est nous tous. Nous avons perdu beaucoup. La France a perdu beaucoup. Perdu la chance de pouvoir faire une révolution pacifique, intelligente, digne du niveau d’éducation de sa population et digne de son image dans le monde.

Car si tout le monde est bien d’accord pour dire que « ça ne peut pas continuer comme ça », dès qu’un vrai changement de logiciel est à portée de main, voilà que chacun pense que c’est le moment de faire le difficile sur tel ou tel aspect du porte parole que l’on ne trouve pas complètement à son goût, comme une mariée qui choisirait sa robe.

Bon, je reconnais que comparer Jean-Luc Mélenchon à une robe de mariée, c’est bizarre.

Mais, pour qu’un homme politique (qui a plus de 40 ans de vie politique sans casseroles) arrive à ce niveau de capacité de synthèse d’une vision humaniste avec une conscience aigüe du désastre de l’écosystème, un homme qui a permis à toute une génération montante de s’approprier le politique, et de rédiger un programme complet, travaillé, il a bien fallu 30 ou 40 ans de maturation, d’expériences et d’apprentissage.

Tandis que « les murs du système suintent régulièrement des hommes qui le servent ». …comme ce soir un Philippe « Machin », recyclé de tous les bords, et qui a reçu un blâme pour n’avoir pas déclaré correctement son patrimoine.

Voilà déjà, dès le premier jour, la tâche sur le costume. Remarquez, ce n’est que la première tâche qui coûte, surtout quand c’est du curcuma.

Les indignés, il y a quelques années, ont eu comme Patronus collectif, Stéphane Hessel. A force d’être indignés et que rien ne bouge tout seul, nous sommes devenus les insoumis, plus nombreux.

J’espère que nous ne devrons pas devenir des insurgés. Car à ce moment, le mot « résistance » aura une autre profondeur et là, c’est un autre chant que nous devons entonner :

« … C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève…

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh…”

Euh…je comprends que je fasse un peu peur…  Bouh ! Je suis devenue un Détraqueur L

Comme dit Clotilde, « le problème du programme des insoumis, c’est qu’il est trop bien. Alors les gens se disent, ce serait le rêve. Ils n’y croient pas parce que c’est trop beau. »

Et pourtant, je ne sais pas si vous sentez qu’il s’est ouvert en France un espace qui n’existait pas. Un espace collectif qui vient du « bas », des gens, et dont le sillon a été creusé par les paroles portées par cet homme vilipendé de partout mais qui tient debout car son Patronus le porte.

L’aube d’un jour nouveau commence à poindre.

Dans la mascarade ambiante de l’installation du nouveau président, on ne le perçoit pas dans les écrans télé, mais ici, dans les campagnes et dans les villes, cela palpite avec une constance sourde, farouche, croissante et invincible.

La France insoumise, c’est une réalité d’hommes de femmes, de jeunes de vieux, de droite et de gauche, de ceux qui ont osé mettre le nez en dehors de la bulle et qui voient qu’ils sont moins seuls qu’ils ne le croyaient.

De ceux qui n’ont plus peur de regarder en face le monde tel qu’il est parce que, chaque jour plus nombreux, ils ont écrit ensemble comment agir, et inventé un programme, un « Avenir en commun » qui tienne la route.

En quelques sortes, aujourd’hui, Mélenchon est un Patronus qui aide le peuple de France à être ce qu’il est dans son identité la plus farouche et face au monde : de sacrés insoumis !

Mais si ce Patronus ne vous parle pas, trouvez le vôtre, mais que dégagent les Détraqueurs !

Que viennent les jours heureux J

Yamouna

Discours de Mélenchon à la Convention et Dossier de presse, Compte rendu d’AG du 9 mai

Nous nous réunissions le 9 Mai à Gignac en Assemblée Générale pour valider la candidature de Géraldine Muau à la suppléance et lancer la campagne.

Voici les derniers documents publiés :

Dossier de Presse de présentation des candidats aux Législatives 34 FI
Le Compte Rendu de l’AG FI du 34 – 4ème circo du 9 MAI

Avec ces documents, voici le discours de Jean-Luc Mélenchon à la convention parisienne à laquelle nous étions avec Géraldine Muau.
Un moment fort pour relancer la dynamique qui peut nous amener à gouverner le pays.

Entrée en campagne!

Dans le cadre de la campagne des législatives nous avons été invités à différentes réunions avec les forces politiques locales : chacun ayant appelé au rassemblement derrière lui à travers de négociations départementales.
Les seules négociations possibles étaient au niveau national, et elles n’ont pas abouties.
De ce fait, nous avons lancé notre campagne mardi 9 mai à l’AG de Gignac!

Retrouvez le communiqué complet :
Communiqué – Entrée en campagne

AG du 9 Mai 2017 à Gignac

AG Gignac 9 maiNous nous retrouverons le Mardi 9 mai à la salle de l’ancien couvent à Gignac pour notre AG de Circonscription. Deux objectifs à cette soirée : d’abord, valider la candidate suppléante Géraldine Muau afin d’avoir une équipe au complet.

Enfin, mettre en place une organisation opérationnelle en faisant des ateliers en petits groupes :

– vous avez des compétences en graphisme et web? Créez l’atelier correspondant pour proposer une stratégie ou de faire des outils appropriés à ces questions
– la question du vin vous toucher particulièrement, ou plutôt celle de l’eau? Créez un petit groupe pour en discuter avec celles et ceux que ça intéresse et produire pourquoi pas, un petit article sur la situation dans notre circonscription
– vous adorez faire des événements surprises? proposez un atelier pour organiser un ou plusieurs événements lors de notre campagne
Etc..

L’idée est de passer d’une campagne de représentation à une campagne de participation… Comment prendre en main la construction collective de cette campagne, apporter sa pierre, son idée, et proposer quelque chose pour participer à l’ensemble.

« qu’est-ce que moi citoyen, citoyenne, je peux apporter à cette campagne avec ma couleur, pour que ma voix soit entendue et représentée? »

En tant que candidat, je n’ai pas toutes les réponses à toutes les questions. Par contre, nous pouvons créer ensemble des modes d’expression et de consultation qui permettent d’être co-créateurs des réponses que nous voulons pour transformer les lois de notre pays!

Donc, rendez-vous le 9 Mai pour vivre un beau moment de citoyenneté!

Réunion de Campagne, 1er mai et Groupe Ressource de l’Hérault

Trois belles réunions ces dernières semaines :
– d’abord avec l’équipe de campagne à Aniane : Directeur de campagne, de communication, assistante aux finances, mandataire financier + suppléante potentielle réunis avec un ou deux membres des groupes d’appuis de la circonscription…
Nous étions 20 à nous rassembler au lendemain du premier tour pour mettre à plat notre stratégie de campagne, pour faire connaissance, se rencontrer et continuer de tisser des liens nouveaux entre insoumis. Nous étions presque au complet.
Se repérer, se connaître, se reconnaître et poser les bases d’une coopération sur notre grand territoire pour faire de cette campagne législative une réussite!

– Le 1er mai alors que 1000 insoumis se rassemblaient à Montpellier, nous étions à la mairie de Ganges avec la CGT pour répéter notre message commun : « Aucune voix pour le FN », une cinquantaine de militants mélangés dans une ambiance décontractée, l’occasion de faire connaissance, de débriefer dans l’entre deux tours et de partager un verre dans le timide soleil de ce début de mai.

– Hier soir, petite réunion des candidats FI de l’Hérault pour se synchroniser, faire le point et mutualiser les ressources grâce à une belle dynamique de collaboration : ne pas faire en double ce que nos voisins font déjà! Nous nous relions entre circonscription pour faire naître des outils, des groupes de ressources mutualisés pour apporter du soutien technique là où il y en a besoin, si les circos le désirent.